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Le trauma en creux : quand l'absence laisse une trace

  • morganefloquart
  • il y a 5 jours
  • 2 min de lecture

Lorsque l’on parle de trauma, l’imaginaire collectif se tourne spontanément vers des événements spectaculaires, violents, clairement identifiables : un accident grave, une agression, une catastrophe, un deuil brutal. Ces événements existent, bien sûr, et ils peuvent laisser des traces profondes dans le psychisme et dans le corps. On les qualifie souvent de traumas « simples », dans le sens où ils sont liés à un événement unique, datable, marquant.


Mais le trauma ne se limite pas à ces situations-là. Et c’est précisément cette méconnaissance qui empêche de nombreuses personnes de se sentir légitimes à consulter.


Le psychotraumatisme n’est pas toujours visible, ni spectaculaire. Il ne fait pas toujours irruption sous la forme d’un souvenir précis ou d’une scène identifiable. Il peut être silencieux, diffus, inscrit dans la durée. Le trauma n’est pas seulement ce qui a été vécu de manière violente ou brutale. Il est aussi ce qui a manqué.


On parle parfois d’un trauma « en bosse », lorsqu’il est lié à un événement qui fait effraction. Mais il existe aussi un trauma « en creux ». Celui qui se construit dans l’absence : absence de soutien émotionnel, absence de sécurité affective, absence de reconnaissance, absence de protection. Des manquements parfois invisibles, souvent banalisés, mais profondément marquants pour le système nerveux.


Grandir dans un climat où les émotions ne sont pas accueillies, où l’on se sent rejeté, incompris, trop ou pas assez, peut laisser des traces aussi profondes qu’un événement unique. De même, une succession de petites expériences douloureuses, répétées, relationnelles, peut engendrer un psychotraumatisme important. Ce sont souvent ces traumas-là, précoces et répétés, qui structurent durablement la manière de se percevoir, d’entrer en relation, de se réguler émotionnellement.


C’est ainsi que certaines personnes vivent aujourd’hui avec une anxiété chronique, une fatigue émotionnelle, des difficultés relationnelles, un sentiment de vide ou de décalage, sans pouvoir identifier un « grand traumatisme ». Elles ont parfois appris à minimiser leur vécu, à se dire que « ce n’était pas si grave », que d’autres ont vécu pire. Pourtant, leur corps et leur psychisme continuent de porter quelque chose qui n’a pas pu être intégré.


Consulter en psychotraumatologie ne nécessite pas d’avoir vécu un événement spectaculaire ou reconnu comme tel. Il n’y a rien à prouver. Il n’y a pas de seuil de gravité à atteindre. Le simple fait de sentir que quelque chose continue d’agir, de se répéter, de faire souffrir, est une raison suffisante pour se faire accompagner.



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