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La matrescence

  • morganefloquart
  • il y a 4 jours
  • 2 min de lecture

La naissance d’un enfant ne marque pas seulement l’arrivée d’un bébé dans une famille. Elle marque aussi la naissance d’une mère. Une naissance psychique, identitaire, émotionnelle, parfois invisible aux yeux des autres, mais profondément transformatrice.


On parle de matrescence pour désigner ce processus. Un mélange de maternité et d'adolescence. Un processus souvent méconnu, parfois minimisé, alors même qu’il constitue l’un des bouleversements les plus profonds de la vie d’une femme.


Devenir mère n’est pas un simple changement de rôle. C’est une réorganisation intérieure complète, un remaniement de l’identité, du rapport au corps, au temps, à la responsabilité, à la vulnérabilité, à la dépendance et à l’amour. Certains parlent d’une forme de « psychothérapie naturelle ». Et cette expression n’est pas anodine.


La maternité vient souvent toucher des zones anciennes, parfois enfouies. Elle réactive l’histoire personnelle, les expériences d’attachement, les manques, les blessures, les ressources aussi. Elle fait émerger des émotions inédites, parfois intenses, contradictoires. Elle oblige à se repositionner, à repenser, à déconstruire parfois pour reconstruire plus aligné.


Sur le plan biologique et cellulaire, la grossesse et la naissance laissent une trace durable dans le corps de la mère. L’enfant laisse en elle une empreinte cellulaire, vivante, tangible, mais aussi invisible. Une empreinte qui dépasse largement le cadre physiologique. Il y a dans cette rencontre quelque chose de profondément transformateur. L’enfant apporte avec lui une énergie nouvelle, une présence autre, une invitation à apprendre, à faire différemment. Un lien se tisse, parfois immédiat, parfois progressif. Un lien invisible, mais pour autant fondamental. Car si l’attachement permet à l’enfant de survivre, il permet aussi au parent de grandir.


Dans cette relation, le parent est lui aussi transformé. Il découvre des parts de lui-même jusque-là inconnues. Il est confronté à ses limites, à ses peurs, à sa vulnérabilité, mais aussi à une force nouvelle.


La matrescence, c’est cette nouvelle pièce dans le puzzle de l’identité, celle qui vient tout réorganiser. Elle ne remplace pas les autres pièces. Elle oblige à les déplacer, à les regarder autrement, à accepter que l’ensemble change de forme.

Ce processus peut être porteur de sens, de croissance, de maturation profonde. Mais il peut aussi être déstabilisant, épuisant, parfois douloureux, surtout lorsqu’il se déroule sans soutien suffisant.


Dans notre société, on attend souvent des mères qu’elles aillent bien, vite. Qu’elles s’adaptent, qu’elles reprennent leur quotidien après leur congés maternité presque "comme si de rien", "comme avant". Peu d’espace est laissé au remaniement intérieur.


Or, la matrescence mérite d’être reconnue, pensée, accompagnée. Non pas comme un problème à résoudre, mais comme un passage. Un passage sensible, vivant, vulnérable et singulier.


Être accompagnée dans cette période, c’est pouvoir mettre du sens sur ce qui se transforme, déposer ce qui déborde et intégrer ce qui se vit aujourd’hui à ce qui s’est construit hier.


La matrescence n’est pas une parenthèse. Elle est une transformation durable. Et comme toute transformation profonde, elle mérite attention, douceur et accompagnement.




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